À Marseille, l’Olympique de Marseille ne se résume pas à un simple club de football. Il incarne une ville, une histoire, une passion populaire intense. Mais c’est aussi un environnement complexe où se croisent enjeux sportifs, rapports d’influence et stratégies de pouvoir. Dans cet écosystème singulier, certaines trajectoires interrogent, notamment celles de journalistes dont la proximité avec le club interroge la notion même de distance professionnelle.
Depuis plusieurs années, un phénomène s’observe : des journalistes, chargés de couvrir l’OM, semblent parfois dépasser leur rôle d’observateurs pour se rapprocher de la sphère décisionnelle. Le cas le plus récent concerne Mohamed Bouhafsi, dont le nom circule pour intégrer un futur organigramme du club. Une hypothèse qui suscite de vives réserves, en particulier chez les supporters. Le président du principal groupe de supporters, Rachid Zeroual, n’a d’ailleurs pas caché son scepticisme face à cette éventualité.
Une question qui dépasse le cadre sportif
L’OM a toujours attiré des personnalités fortes. Mais lorsque des journalistes envisagent de prendre part à la gouvernance d’un club qu’ils sont censés analyser avec recul, la frontière entre information et influence devient floue. Cette confusion pose un problème fondamental de crédibilité et d’indépendance.
Dans le cas de Bouhafsi, les interrogations sont accentuées par un passé marqué, selon plusieurs témoignages, par des tentatives répétées d’influence en interne. Déjà sous la présidence de Jacques-Henri Eyraud, il aurait cherché à peser sur certaines décisions, glissant ses recommandations à un dirigeant souvent décrit comme maladroit dans sa gestion du club. Aux débuts de l’ère Longoria, alors que Jacques Cardoze occupait le poste de conseiller stratégique, Bouhafsi était déjà réputé très présent en coulisses. Des sources internes évoquent un journaliste affichant clairement son ambition : rejoindre un jour l’OM avec un projet qu’il jugeait supérieur à ceux en place.
Une posture qui contraste fortement avec celle de Jacques Cardoze. Son passage au club n’a pas été marqué par des manœuvres d’influence, mais par une implication directe, parfois brutale, dans des contextes de crise.
À Marseille, l’engagement ne se décrète pas
À l’OM, la relation avec les supporters ne peut se limiter à des discours de façade. Elle se construit dans les moments difficiles, souvent dans la douleur. Lors du décès d’un supporter à Angers, le club a dû faire bloc. Dans ce contexte, Jacques Cardoze s’est illustré par une présence concrète. À peine l’avion des joueurs rentré à Marseille, il est reparti dans la nuit, aux côtés de Pablo Longoria, pour rejoindre Angers et soutenir les supporters endeuillés.
Son action ne s’est pas arrêtée là. Il a également été en première ligne dans plusieurs affrontements institutionnels majeurs. À la demande du club, et notamment de son service juridique, avec l’avocat Olivier Grimaldi et l’actuel président Alban Juster, il a été chargé de répondre à Jean-Michel Aulas, à la Ligue et à diverses instances dans des dossiers sensibles liés aux violences dans les stades. Des situations où il fallait assumer le rapport de force, défendre publiquement la position du club et en porter les conséquences.
Le front médiatique a lui aussi été un terrain de confrontation. Face à certaines prises de position radicales, notamment celles d’un journaliste de Libération appelant au retrait de titres de l’OM, la réponse n’a pas été discrète ou feutrée, mais directe et assumée.
Par ailleurs, son rôle a parfois été celui d’un médiateur. Lors de la semaine d’hommage à Bernard Tapie, figure emblématique du club, il a contribué à préserver le lien entre l’institution et les supporters. De même, en marge de rencontres européennes marquées par de fortes tensions, il a participé à des tentatives d’apaisement dans un climat particulièrement explosif.
Deux visions, une même exigence
Au fil des événements, une ligne de fracture se dessine clairement. D’un côté, une conception de l’engagement fondée sur le terrain, l’action et la prise de responsabilité, fidèle à une certaine idée du journalisme et de son prolongement au cœur des crises. De l’autre, des trajectoires plus ambiguës, où la frontière entre information, influence personnelle et calcul de carrière semble parfois volontairement brouillée.
À Marseille plus qu’ailleurs, chaque rôle engage et expose. Les postures artificielles y sont rarement durables. Entre ferveur populaire et rapports de force permanents, l’Olympique de Marseille rappelle une vérité implacable : ici, l’authenticité finit toujours par s’imposer.
Et quand on dit que l’OM fait tourner les têtes, l’actualité offre un dernier exemple édifiant. Ces dernières heures, on a ainsi assisté à la candidature aussi égocentrée que grotesque de Raphaël Maillochon, journaliste à TF1, qui s’est proposé publiquement sur les réseaux sociaux. L’OM mérite sans doute mieux que ces offres de service déguisées en poisson d’avril, davantage pensées pour le buzz que pour le club.