Le 4 juin 2025, la CAPEB a remis à la ministre du Logement un plan de relance bâtiment ambitieux, articulé autour de 30 mesures concrètes. L’objectif ? Redonner confiance aux artisans, stabiliser le secteur, et poser les fondations d’un nouveau modèle. Décryptage avec Carlos de Matos du Groupe Saint-Germain !
Un secteur asphyxié, une profession en quête de visibilité
En quelques mois, la mécanique du bâtiment s’est grippée. La suspension brutale de MaPrimeRénov’, la complexification des démarches administratives et l’inflation réglementaire ont ébranlé un secteur déjà sous tension. Pour les artisans, ces chocs successifs se traduisent par des carnets de commandes qui se vident, une clientèle frileuse et une incertitude chronique sur l’avenir.
Or, ces artisans représentent l’ossature même du bâtiment en France : 96 % des entreprises du secteur sont des TPE, qui emploient à elles seules plus d’un demi-million de personnes. Avec 62 000 adhérents, la CAPEB pèse près de la moitié du chiffre d’affaires national du bâtiment. Difficile, dans ce contexte, d’ignorer son appel.
Trente propositions pour repartir du terrain
Le document présenté par la CAPEB ne se contente pas de dresser un état des lieux alarmant. Il trace une trajectoire claire, structurée en quatre axes. Le premier d’entre eux vise à repenser les règles d’urbanisme pour faciliter la réhabilitation, densifier sans dénaturer, et valoriser les gisements fonciers existants. L’idée est de répondre à l’urgence du logement sans artificialiser davantage les sols, dans le sillage de la loi Climat et Résilience.
Autre levier stratégique : le Contrat Cadre Maison Artisan (CCMA). Ce nouveau dispositif entend sécuriser l’accès des artisans au marché de la maison individuelle, longtemps monopolisé par les grands groupes. Ce rééquilibrage, réclamé de longue date, pourrait redonner aux entreprises locales un rôle moteur dans la construction neuve.
Vers un financement plus juste et plus vert
Le plan mise également sur deux outils financiers innovants : un Prêt Garanti par l’État pour la Transition de l’Habitat (PGE-TH) et un Fonds d’Investissement pour l’Habitat Durable. Ces dispositifs s’inspirent du PGE mis en place pendant la crise sanitaire, avec un objectif clair : rendre à nouveau solvables les projets de rénovation et accompagner les particuliers comme les professionnels dans leur transition énergétique.
Pour les chantiers de moins de 100 000 €, la CAPEB propose aussi de supprimer la solidarité interentreprises, source de lourdeurs et d’insécurité juridique. Une simplification qui s’inscrit dans une volonté plus large de libérer les petites structures des contraintes qui les freinent.
Ouvrir le marché aux petites entreprises
Autre mesure emblématique : encourager la constitution de groupements momentanés d’entreprises (GME), pour permettre aux artisans d’unir leurs forces face à des appels d’offres jusque-là inaccessibles. L’idée n’est pas nouvelle, mais elle peine encore à se diffuser. En la plaçant au cœur du plan, la CAPEB entend changer d’échelle.
Cette mutualisation répond à une réalité de terrain : la majorité des chantiers artisanaux se situent en dessous de 100 000 €. En facilitant l’accès à ces marchés, on restaure un tissu économique de proximité, mieux à même de répondre aux besoins réels des territoires.
Une vision à long terme : sobre, réversible, locale
À travers ce plan, la CAPEB défend une vision résolument moderne de la construction : sobre, réversible, accessible et en phase avec les savoir-faire locaux. Jean-Christophe Repon, président de l’organisation, appelle d’ailleurs à l’ouverture d’un Grenelle du logement, afin de co-construire une nouvelle trajectoire avec l’ensemble des acteurs.
Ce plan est le fruit d’un travail collectif, mêlant artisans, experts, juristes, économistes. Il reflète une volonté partagée : remettre l’artisanat au cœur de la transition écologique, à condition que l’État crée un environnement propice. Car sans visibilité, ni simplification, ni soutien financier, les ambitions resteront lettre morte.