Les bureaux de TF1 et France Télévisions installés aux États-Unis et Pékin ou pour France TV à Jérusalem, Delhi, Dakar, Bruxelles, Berlin, Londres et Rome sont tous dotés d’un journaliste local que l’on appelle plus généralement un « Producer ». Le terme et la méthode viennent du modèle anglo-saxon. C’est à l’origine lui qui produisait le sujet pour le correspondant de la BBC ou CNN et les autres médias d’informations développés à l’international. A tel point qu’il fut un temps où le rôle du Producer était plus important que celui du correspondant. Grâce à ses relais dans le pays, ses contacts, son ancienneté et sa lecture de l’information local, il était en mesure de prévenir et planifier à l’avance l’information institutionnelle. Mais aussi de suggérer des sujets décalés sur des thèmes de société appréciés des présentateurs comme l’environnement, l’économie, les modes de vie etc… Un complément nécessaire à la compétence du correspondant envoyé de paris.
Le Producer en Chine : une responsabilité politique
Dans le cas d’un pays comme la Chine, il est un peu plus que cela. Car c’est sur lui que repose la responsabilité « politique » de ce que produit le bureau. Les reportages sont scrutés à la loupe par le bureau d’information du gouvernement de pékin. Pas question de prendre trop de risque et de lui demander de soulever des lièvres. Car la vie du Producer est potentiellement en jeu. Les autorisations de tournages également, les renouvellement de visas, pour les employés envoyés de Paris pourraient également être compromise.
En réalité, le gouvernement a toujours un moyen de pression sur le bureau si l’information de lui plait pas. Ou si les relations diplomatiques entre les deux pays sont entamées. On se souvient durant la pandémie de Covid que Arnauld Miguet alors correspondant à Pékin n’était lui-même pas autorisé à se rendre à Wuhan épicentre de l’épidémie. Puis lorsqu’il a été autorisé à le faire, ses déplacements étaient largement limités.
Avec les réseaux sociaux a-t-on encore besoin du Producer ?
Le Producer est chargé de trouver les idées de sujets et de les proposer au correspondant. L’évolution des métiers et l’avènement des réseaux sociaux a fait bouger les lignes. L’information va plus vite. Aujourd’hui le Producer est en réalité toujours aussi nécessaire même s’il est plutôt chargé de veiller à une bonne lecture des réseaux. Il doit les scruter afin de trouver des « bonnes histoires » de « bonnes illustrations » que le correspondant pourra ensuite aller tourner. Mais aussi de faire remonter au correspondant les réactions à la suite d’une décision. Imaginez par exemple que le 20 h souhaite demander à Franck Genauzeau actuel correspondant à Washington quelles sont les réactions des Américains à la suite de l’adoption par le président américain Donald Trump d’imposer des surtaxes à l’importation de produits européens ? Si la demande tombe trente minutes avant l’antenne, les réseaux sociaux seront bien utiles. Ensuite le Producer devra faire preuve de discernement et de justesse et choisir les réactions le plus pertinentes, celles qui « ont un sens » et représentent un poids dans l’opinion. A savoir, des relais d’opinion ou d’association, un homme politique reconnu, un ancien président, des personnalités du monde du sport ou du spectacle connues etc. A Londres, le Producer est celui qui fera le suivi avec la famille royale, à Rome celui qui gardera le contact avec le Vatican.
Le rôle du Producer à l’ère des réseaux sociaux
Avant l’existence des médias sociaux, le Producer était chargé de passer des coups de fils aux partis politiques de scruter ce qui se disait à la télévision ou à la radio et d’en faire une synthèse. Et puis il y avait le poids de l’AFP l’agence de presse qui travaille pour les journalistes, composée de « super Producer ». Depuis une vingtaine d’année, tout cela a considérablement changé. Mais le schéma reste le même. Le Producer est parfois celui qui va sur le terrain pour tourner les reportages. Certains correspondants préfèrent au contraire partir tourner systématiquement et laisser le Producer en veille au bureau. A Washington, ou France télévisions envoient deux correspondant un sénior et un junior, cela permet de laisser un des deux correspondants en permanence pas loin de la Maison Blanche et ainsi d’être réactif en cas de « Breaking News » Et puis il y a la concurrence des chaines d’informations.
Toutes s’appuient sur le correspondant « maison » pour apporter des éclairages et des expertises dans les sessions d’informations. Ainsi lors de la première élection de Donald Trump aux États-Unis, France-Info avait décidé de demander à jacques cardoze, correspondant permanent aux Usa entre 2013 et 2018, de tenir une « chronique Trump » dans le 22h de la chaine publique. Une façon de fidéliser le téléspectateur. A l’époque, le bureau comptait deux Produceuses très performantes qui avaient pris l’habitude de faire des notes de synthèses pour Jacques Cardoze. L’habitude a été prise ensuite avec ceux qui se sont succédé à ce poste, Agnès Vahramian et Franck Genauzeau.