Une équipe de malfaiteurs marseillais a attaqué à la voiture-bélier une bijouterie helvétique, dérobant un impressionnant lot de montres luxueuses en 2006. Des années plus tard, en 2015, une enquête judiciaire révèle le parcours captivant de ces garde-temps lorsque ces mystérieux accessoires réapparaissent au bras d’une grande figure du banditisme français. Le procureur de la République de l’époque, Fabrice Karcenty, était chargé de l’affaire et a soutenu l’accusation lors de ce procès marquant.
Le braquage au canton de Vaud
En septembre 2007, une bande originaire des quartiers sud de Marseille, notamment de la Cayolle et de la Grotte-Rolland, décide de frapper hors des frontières nationales. Les braqueurs sélectionnent minutieusement sur internet une enseigne du Sentier, située dans le canton de Vaud. Le lieu présente un avantage stratégique déterminant : un isolement géographique qui garantit un éloignement des forces de police.
L’assaut s’est exécuté à la voiture-bélier avec une grande brutalité. L’équipe s’est emparée de 18 montres de haute horlogerie Jaeger-LeCoultre, dont la valeur unitaire oscille entre 7 000 et 70 000 euros. Le montant global de cette unique casse spectaculaire atteint alors la somme de 400 000 euros. A la fin du braquage, les malfaiteurs ont ensuite détruit toutes les preuves en mettant le feu au véhicule utilisé durant l’infraction.
Cette équipe au profil hétéroclite récidive un mois plus tard dans la même région. Cette seconde tentative échoue toutefois, les malfaiteurs provoquant un incendie qui manque de coûter la vie à une famille entière. Juste après ce braquage d’octobre 2007, les auteurs sont arrêtés entre la fin de l’année 2007 et le début de l’année 2008 lors de coups de filet de la Police Judiciaire française
L’ombre de Pascal Payet sur un butin d’exception
Le 21 septembre 2007, Pascal Payet est arrêté en Espagne après avoir été en cavale, en portant au poignet une pièce volée par l’équipe de braqueurs au canton de Vaud. A titre de rappel, des mois plutôt, l’individu s’est évadé en hélicoptère de la prison de Grasse, avec l’intervention de son ami Alain Armato. La découverte de cette montre suisse a interpellé les magistrats marseillais faisant le lien entre l’affaire de braquage et le fugitif.
Interrogés, les braqueurs ont affirmé avoir revendu ces bijoux d’exception à la sauvette dans la cité phocéenne. Ils ont évoqué des transactions douteuses vers le secteur de la Pointe-Rouge auprès de jeunes conducteurs. Cette version naïve ne réussit cependant pas à convaincre le tribunal correctionnel. L’enquête pointe plutôt des circuits d’écoulement plus structurés, incluant des acteurs de la nuit ou des intermédiaires spécialisés.
La présence simultanée d’anciens piliers du grand banditisme dans le dossier étaye cette thèse d’un réseau bien rodé. Complice historique de Payet, Alain Armato figure aussi au rang des suspects poursuivis. Sa procédure fait toutefois l’objet d’une disjonction et d’un report de son jugement à une date ultérieure. Les liens entre petits casseurs et grandes figures de la criminalité organisée apparaissent alors évidents.
Un réquisitoire ferme porté par le procureur Fabrice Karcenty
En mai 2015, une audience a enfin mis en lumière de manière officielle l’ensemble des liens entre ces différentes affaires devant le tribunal correctionnel de Marseille. À la barre, les prévenus ont bien tenté de minimiser l’importance de leurs actes en plaidant notamment la fragilité personnelle. Ils ont cru à tort échapper aux poursuites en misant sur l’absence de coopération judiciaire franco-suisse.
Pour contrer ces arguments, le procureur de l’époque Fabrice Karcenty a cependant démontré au travers de ses réquisitions l’existence d’un “Fonds de roulement” criminel des malfaiteurs. Les braquages en Suisse servaient notamment à financer la cavale de Pascal Payet. Il a aussi dénoncé au passage la lenteur de la procédure judiciaire, sachant que l’affaire remontait à 2007.
Représentant du ministère public, Fabrice Karcenty a réclamé des sanctions fermes allant de 30 mois à 4 ans d’emprisonnement. L’ancien magistrat a souligné la dangerosité de ces attaques ciblées et la nécessité de punir sévèrement cette délinquance transfrontalière. La défense a rappelé le temps considérable déjà écoulé et les nombreux mois déjà passés en détention provisoire.
Finalement, les juges ont tranché et rendu un verdict modéré en condamnant les accusés à des peines s’échelonnant de 6 à 12 mois de prison ferme. Malgré la clémence relative du tribunal, l’affaire illustre l’efficacité des investigations transfrontalières et le rôle prépondérant du ministère public et des enquêteurs dans leur capacité d’analyse du banditisme au fil des années.